1466, Le temps des sorcières, Philippe Favre
Editions Favre 2026
Dans le Val d’Anniviers au cœur du XVe siècle, une grande chasse aux sorcières ébranle et terrorise la population. Il suffit de connaître la vertu des plantes, d’aimer danser, ou d’être en désaccord avec son voisin, pour que l’Inquisition s’y mêle et y trouve un motif évident de sorcellerie. Commence alors une terrible traque ordonnée par d’influents personnages avides de pouvoir et d’argent, et plus maléfiques que le diable lui-même ! Et comment, sous l’extrême douleur de la torture, ne pas avouer les pires crimes, ou dénoncer des innocents ? Impossible dès lors d’échapper au bûcher !
C’est en cette époque sombre qu’Antoine grandit. Sa première vision des effroyables flammes dévorant une pauvre condamnée lui arrache brutalement l’innocence de sa jeunesse.
De plus, dans ce climat funeste, son père, Pierre dou Tórrènn, notaire apprécié et respecté pour son intelligence, son humanité et sa justice, défend pour la deuxième fois Anthonia. Pourquoi s’acharne-t-il à vouloir sauver la belle veuve que tous les hommes désirent, et qui est à nouveau accusée de pactiser avec le Malin ? Y parviendra-t-il ? Et qu’adviendra-t-il de lui et de sa famille s’il refuse de s’allier aux hommes corrompus de la seigneurie et de l’Église ?
Dans son nouveau roman historique « 1466, le temps des sorcières », Philippe Favre nous entraîne dans un passé où règnent la suspicion et la crainte des esprits mauvais.
L’auteur nous livre un récit inspiré de faits vécus, et fait revivre ainsi les personnages réels de ces temps troublés. Des protagonistes les plus honnêtes aux pires des fourbes, en passant par la sincérité ou la naïveté de certains, il nous fait voir jusqu’où l’être humain peut aimer ou maudire, être bon ou abject. Ainsi l’amitié, l’amour, la fidélité, la droiture et le respect, se heurtent sans cesse à la trahison, à la haine, à l’hypocrisie, à l’intolérance, et au mépris.
Antoine, narrateur et héros principal de ce récit, attachant et loyal, retrace les événements dramatiques qui ont bouleversé l’existence de sa famille, et de celle de bien d’autres. À ses côtés, son père et son frère Nycollin n’ont pas peur de défendre les habitants dominés par le pouvoir féodal et enchaînés par le clergé, même face aux iniques instigateurs de cette abominable persécution.
L’écriture châtiée et les termes puisés dans le franco-provençal d’Anniviers, nous rappelant le patois de nos vallées, s’ajoutent au plaisir de la lecture.
Cependant, dans certains chapitres, l’auteur, par souci de vérité, n’édulcore en rien la violence subie par les hérétiques. Toutefois, il ne s’étale pas sur leurs indicibles souffrances, les mots choisis y étant suffisamment parlants.
Un rythme soutenu qui nous tient en haleine jusqu’à la toute fin, pour un livre qui ne laisse assurément pas indifférent !
Et grâce à un considérable travail d’investigation de l’auteur, nous en apprenons sur les raisons et la monstruosité de ces mesures punitives, ainsi que sur les gens qui les ont mises en place.
Le temps de ces répressions nous semble bien loin ! Pourtant certains de nos contemporains vivant sur la planète, sous des régimes totalitaires, ne sont-ils pas également victimes de jugements et d’atrocités aussi effroyables ?
Extraits
Page 85
– Pour infliger les tourments, il faut qu’elle soit calomniée par au moins cinq personnes…
– Ce n’est pas un problème ! intervint le moine.
– Enfin, vous devez le savoir ! s’indigna Martin, les statuts de Louèche précisent que…
– Peu me chaut ce que disent ces statuts ! le coupa le moine. Pour qu’il y ait une inquisition, nul besoin d’accusation ni de dénonciateur, il suffit qu’une rumeur coure la contrée disant que des sorcières existent. Est-ce le cas ?
Emprunté, Martin se demanda à partir de quand on peut considérer qu’une rumeur court la contrée. Il opta pour une réponse honnête.
– Par chez nous, frère Victor, il y a toujours eu des rumeurs…
– Sautier ! l’invectiva le moine, y a-t-il oui ou non une rumeur évoquant la sorcellerie ?
– Maintenant que j’ai procédé à trois arrestations, forcément !
– Dans ce cas, n’ayez crainte, les dénonciations vont suivre, il vous suffit de faire parler l’une d’entre elles, et croyez-moi, d’autres noms vont tomber.
[…]
Page 86 et 87
***
– Seigneur Petermann, dit le moine, quand la porte fut refermée, il vous faut maintenant un clerc reconnu localement.
– Nous avons déjà un greffier…
– Ça n’est pas suffisant, l’affaire risque de se révéler plus compliquée que prévu, nous avons besoin d’une personnalité unanimement appréciée qui fasse partie des jurés. Cela vous évitera d’apparaître en première ligne en cas de contestations par le peuple.
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