Les Walser sur les chemins de l’exil, Therese Bichsel

Éditions Cabédita 2025

Saga historique

Premier Tome

Au Moyen-âge, vers l’an 1300, la vie est difficile dans les villages du Lötschental.

Conrad et Barbara habitent dans leur maison à Giätrich, « le petit hameau, situé sur le flanc du côté de l’ombre ». Mais aujourd’hui, entre la pauvreté du sol, les menaces de la nature et la colère des « voleurs trapus », le jeune couple décide, sur l’insistance de l’épouse, de quitter sa vallée et de reconstruire son quotidien dans celle du Lauterbrunnen, dans l’Oberland bernois.

Conrad et Barbara ne sont pas les seuls à franchir les montagnes à la recherche d’une existence plus douce. D’autres Walser se lancent dans l’aventure, mettant tous leurs espoirs dans cette terre étrangère. Ils la partageront, la cultiveront et y construiront leurs maisons, créant ainsi le hameau d’Ammerten.

Mais l’ailleurs apporte aussi son lot d’adversités. Les moyens de subsistance restent maigres et ces exilés doivent continuer de se débrouiller et de se soutenir pour nourrir leurs familles. Constamment soumis aux exigences de l’Église, ils parcourent chaque semaine de longues distances à pied pour se rendre à la messe, à Gsteig. Et puis, il y a aussi les « maîtres du Rottal qui sèment la terreur depuis leur vallée sauvage » et dont il faut se tenir éloignés.

Pour Barbara, tout se complique lorsqu’elle se retrouve seule avec son fils, car à cette époque, il n’est pas convenable pour une femme d’être sans mari. Et lorsque Greta lui transmet le savoir des plantes médicinales et l’art d’aider les futures mères, la suspicion grandit dans l’esprit de beaucoup.Comment donc se faire accepter en tant que guérisseuse et accoucheuse, dans une communauté enracinée dans la superstition et la peur de la punition divine ?

Parviendra-t-elle à garder sa liberté en ne cédant ni aux pressions ni aux mauvais regards qui pèsent sur elle ?

Dans ce récit « Les Walser, sur le chemin de l’exil », Therese Bichsel nous invite à la suivre en compagnie d’une poignée d’hommes et de femmes forcés d’abandonner une terre « divisée en champs toujours plus petits entre les nombreux descendants. »

Nous y découvrons l’héroïne attachante de ce récit, Barbara, femme forte et courageuse, et bien déterminée à ne pas se laisser imposer les décisions de ceux qui se veulent plus forts. Autour d’elle, d’autres personnages gravitent, ceux-là mêmes qui ont quitté leur Haut-Valais, quelques années auparavant. Tout comme la jeune femme, ils ont laissé derrière eux une partie de leur existence, faisant souvent fi de leurs sentiments au profit de leur survivance.

Deuxième Tome

Dans le deuxième tome de Therese Bichsel, « L’impossible retour des Walser, les émigrés du Caucase », nous retrouvons les descendants des Walser d’Ammerten, les Ammeter, qui, à leur tour ont été contraints de s’exiler faute de nourriture suffisante.

Nous sommes en 1872, à Isenfluh, en compagnie d’Elisabeth et de Christian qui viennent de se marier. Moins de sept ans plus tard, encouragés par Johannes, le frère d’Elisabeth, ils décident de rejoindre Peter, l’autre frère de la jeune femme, en Géorgie, avec leurs quatre enfants en bas âge. Car, comment feront-ils pour vivre lorsque les revenus diminuent et que
la famille s’agrandit ?

En 1901, Anna Stücker envoyée dans le Caucase par son père, épouse Fritz, le deuxième fils « de la riche famille Ammeter». Ils y vivront et y travailleront durement aux côtés des autres émigrés. Ils y auront encore sept enfants.

Puis les années passant, entre naissances, joies et prospérité matérielle, la révolution russe entraîne dans son sillage, difficultés économiques, souffrances et insécurité.

Certains aimeraient rentrer au pays, mais le pourront-ils et y retrouveront-ils une place, eux qui sont devenus étrangers dans leur propre patrie ? Il reste certes le Canada, le consulat suisse leur promettant un prêt pour acheter des terres. Mais là-bas, l’existence sera-t-elle plus facile ? Et qui aura encore le courage de recommencer ailleurs ?

Pour Martha, la petite dernière de la fratrie des Ammeter, et pour Ernst son mari, « les tracasseries se sont multipliées dès 1930 », au cours de leurs dernières années en Azerbaïdjan. S’il faut à nouveau partir vers une autre terre d’accueil, sera-t-il possible de s’installer en Emmental, le lieu d’origine d’Ernst ? Dès lors, quels nouveaux soucis devront-ils affronter ?

Dans ce nouvel opus, Therese Bichsel raconte la vie mouvementée de ces émigrés suisses,leur espoir étant fondé sur un travail acharné et sur un courage indéfectible.

Nous y rencontrons des familles prêtes à tous les sacrifices pour élever leur progéniture dans  les meilleures conditions possible. Des gens qui, par leur persévérance, forcent l’admiration, à une époque où la paix et la stabilité financière peuvent se muer rapidement en bouleversements politiques et en indigence. Et c’est notamment au travers de Barbara (dans le premier ouvrage) d’Elisabeth, d’Anna et de Martha, quatre femmes exemplaires, héroïnes malgré elles de leur temps, que nous comprenons mieux pourquoi et comment en ces années troublées, certains Suisses ont tenté leur chance en émigrant.

Dans ses deux récits, l’auteure privilégie une écriture sobre, un récit facile à lire, mais qui décrit avec retenue les sentiments souvent refoulés des uns et des autres. Les personnages principaux sont attachants par leur simplicité et leurs valeurs morales, amour, respect, honnêteté, reconnaissance.

Au fil des pages, nous pouvons imaginer leur endurance et leur vaillance, nous qui vivons pour la plupart dans un certain confort, et pourquoi pas, en tirer leçon.

Nous pouvons également réfléchir à toutes celles et à tous ceux qui, aujourd’hui encore, sont contraints de quitter leur pays pour trouver refuge et sauver leur vie. Et si c’était un jour notre seule issue de secours ?

Recension: Marylène Rittiner

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