Funambules du silence, Delphine Bloetzer
Éditions Favre 2026
Roman
Audrey est atteinte du syndrome d’Asperger, et elle lit chaque jour une phrase d’un livre qu’elle aime, pour se désangoisser, parce que « Dans les livres, heureusement, les mots ne représentaient aucun danger. » p.8.
Claire est devenue médecin malgré sa dyslexie. « Elle lui répondit seulement avec un smiley. Elle aimait les utiliser. Leur signification était évidente pour elle et souvent plus floue pour son interlocuteur. Exactement ce qu’elle vivait elle avec les mots. » p. 145
Paul est professeur de français et d’histoire, et il souffre d’une tumeur maligne du cerveau, un cancer qui peut « entraîner une perte progressive de son vocabulaire et des troubles de la parole. » Alors que « Pour lui, les mots existaient pour décrire la beauté de la vie. Sans eux, elle ne servait à rien. » p. 83
Marcus est avocat pénaliste et politicien. « Sa famille jonglait avec les mots, ils étaient avocats, écrivains, politiciens et pourtant leurs existences avaient été construites sur des mots d’amour absents, des non-dits et des attentes non formulées. » p. 174
Quatre personnages aux existences parallèles et où les âmes et les cœurs meurtris par le passé vivent en marge d’une société qui se veut standard. Entre angoisses, manque d’assurance, doutes, désillusions ou sentiment d’incapacité, ils risquent à tout moment de s’isoler et de se perdre eux-mêmes. Pourtant, grâce à leur quotidien, heureux hasard ou recherche inconsciente, ils se rencontrent, se reconnaissent dans leur fragilité et finissent par se rapprocher les uns des autres. Ainsi, au fil des jours, leurs différences vont les transformer, les faire grandir et leur redonner confiance en eux et en l’avenir.
Dans son premier roman Funambules du silence, Delphine Bloetzer nous offre un récit choral plein de sensibilité, de tendresse et d’empathie. Le langage et les mots servent de lien entre les protagonistes, leur découverte d’œuvres littéraires, d’aide à la résilience et au pardon.
L’écriture est belle et délicate, parfois teintée d’humour, les dialogues empreints de douceur et de respect.
Des hommes et des femmes aux émotions sincères ou plus superficielles, et qui se découvrent au contact de l’autre. Une ode aux singularités humaines et à leur perception du monde, souvent étonnante, mais combien enrichissante.
Un livre qui fait du bien.
Recension: Marylène Rittiner
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