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Dangereuse Immersion, Michel Diserens Imprimer Envoyer
Jeudi, 12 Février 2009 19:06

 

Résumé

Deux cadavres découverts au fond d'une grotte lors d'une expédition spéléologique en solitaire : Sophie Lanzmann décide de mener l'enquête seule.



Après tout, l'aventure et le danger sont le sel de son existence.

Décès suspect, secrets de famille, réussite financière aux origines louches... ses recherches dérangent. De tentatives d'intimidation à un enlèvement, sans oublier une scène de poursuite et de coups de feu dans un parking souterrain : Sophie saura apprécier à sa juste valeur le frisson de la peur.

 

Extrait, chapitre VII :

"... Avec précaution, elle progressait dans le labyrinthe de stalagmites. Des impasses la contraignirent, à plusieurs reprises, à revenir sur ses pas et à tenter l'exploration de nouvelles voies. Au centre de la grotte, l'empreinte d'un immense lac ne lui avait pas échappé ; le sol de ce réservoir souterrain, dépouillé de toutes formations calcaires, conservait une certaine humidité dans son niveau le plus bas, le rendant glissant. Sophie s'orienta en direction de son lieu de pique-nique, mais, cette fois-ci, par l'intérieur de la caverne. Elle était désireuse de vérifier son hypothèse sur la claustration de celle-ci. Enfin parvenue à l'extrémité ouest de la grotte, elle reconnut ce qui devait être l'envers du bouchon d'obturation observé une heure plus tôt, durant son repas. Pour la scientifique, tout était clair : il y a longtemps, une puissante crue avait injecté de nombreux matériaux dans l'entonnoir du conduit principal jusqu'à interdire l'accès à la salle ; dès la fin du printemps passé, l'exceptionnelle sécheresse avait tari le bassin. Privées de l'équilibre entre les pressions internes et externes, certaines cloisons latérales s'étaient rompues, entraînant avec elles l'effondrement d'une partie de la voûte pour ouvrir du même coup un passage.

Elle tira de son sac la carte topographique pour la compléter et transcrire au verso le résultat de ses déductions. Elle avait besoin d'un coin confortable, d'où elle pourrait jouir d'une vue d'ensemble. Dans ce dessein, elle se mit à escalader le rebord de la caverne. Elle était par intermittence privée de la main qui devait, à espaces réguliers, remonter son pantalon sur les hanches. L'exercice se montra plus périlleux qu'elle ne l'avait imaginé. Cette situation grotesque déclencha un de ses fous rires qui, en d'autres circonstances, faisait le bonheur de ses proches. Le ravissement causé par la découverte ne faisait qu'ajouter à son euphorie. Plus elle riait, moins elle trouvait la force de poursuivre son ascension et cela dura plusieurs minutes avant qu'elle ne parvînt, enfin apaisée, à gravir le surplomb qui la séparait du sommet de la paroi.

Son rire enflammé résonnait encore dans la salle lorsque retentit un violent cri d'effroi. Sophie fit un bond en arrière tant elle fut saisie par ce que le faisceau de sa lampe venait de dévoiler.
- Merde, alors ! dit-elle alors que tout son corps s'était figé, la bouche grande ouverte et les yeux exorbités.
Le doute n'était pas permis : devant elle gisaient deux corps sans vie.

Sophie crut un court instant qu'elle venait de découvrir deux momies millénaires apprêtées pour le voyage vers l'au-delà. Les dépouilles étaient allongées sur le dos, parfaitement parallèles l'une par rapport à l'autre.

Lorsque Sophie eut retrouvé ses esprits, elle reconnut, à la lueur de sa seule lampe frontale, des objets qu'elle avait confondus avec des offrandes et des vivres pour une prochaine vie. Un examen plus approfondi à l'aide du faisceau de lumière révéla que les deux corps dataient d'une époque plus contemporaine et ne devaient pas gésir là de leur plein gré. À leur tête, pêle-mêle, reposaient boussole, lampes à acétylène, casques de spéléologue, sacs à dos, cordes.

Sophie put enfin déglutir et faire deux pas timides en avant. Elle chercha à retrouver son calme en s'efforçant de maîtriser sa respiration : il était temps de mettre en pratique ses rudiments de yoga. Relâchant peu à peu les muscles, elle fit cesser les tremblements de son corps et ouvrit les mains qu'elle avait sans y prendre garde contractées en deux poings prêts à la défendre.

Un semblant de sérénité retrouvée, elle laissa son regard glisser sur les cadavres. Tout d'abord, elle identifia des combinaisons de spéléologues issues d'un autre âge. Elle n'aurait su déterminer l'époque avec précision et convint que le matériel accusait entre trente et quarante années, comme celui que ses confrères plus âgés conservaient avec fierté. Des dépôts calcaires opalescents souillaient la toile étanche et empêchaient d'en distinguer la couleur. Dégonflé, le tissu moulait l'ossature. Sophie devina ici un fémur, là un sternum ou un bassin saillant. Les jambes, chaussées de bottes imperméables, s'étiraient en direction du vide. Avec la plus grande précaution, elle fit un pas supplémentaire. Seuls les bras brisaient la symétrie des deux corps : l'un semblait vouloir soutenir une tête fatiguée, un autre longeait le flanc ou encore reposait sur la cage thoracique écroulée. Elle se pe ncha sur le premier squelette, orientant sa lampe frontale pour éclairer le crâne. La lumière crue soulignait le moindre renfoncement de l'ossature, faisant ressortir les orbites de manière saisissante.

Le cursus de sa formation l'avait amenée à fréquenter les musées d'anthropologie et de paléontologie dans lesquels elle avait eu le loisir d'observer et, à plusieurs reprises , de manipuler des crânes humains. Pourtant, ceux-là même qui semblaient fixer la voûte à la recherche d'une lueur de clémence évoquaient la mort comme rarement elle l'avait ressenti. Elle approcha encore un peu avec prudence, comme si elle redoutait que l'un des cadavres se redressât et s'agrippât à son cou, pour l'implorer de le ramener à la surface. Soudain, elle aperçut - à proximité du plus menu des deux corps - une housse de plastique à l'aspect vitreux qui, à l'exception du centre où l'on pouvait deviner un court crayon, avait épousé les contours de la roche. Alors qu'elle s'apprêtait à s'en saisir, elle s'immobilisa : « Ai-je le droit de toucher à ces objets, de déranger la scène de leur mort ? », se demanda-t-elle. ..."

Dangereuse immersion - Les Enquêtes de Sophie Lanzmann
Editions Plaisir de lire, 2007, 286 pages
En vente également sur le site de l'auteur

Mise à jour le Vendredi, 29 Mai 2009 08:32