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Premier extrait - En vérité," conclut David, content de sa performance, sans argent, c'est terrible ! La vie devient difficile, morne, sans piment, privée de presque tous les plaisirs ! Vraiment, sans argent, c'est bien triste !
Sans se départir de son ineffaçable sourire, Kãhrian laissa passer de longues minutes pendant lesquels un rossignol guilleret dévoila quelques passages de son magnifique répertoire.
- Premièrement, David, il est important de préciser que l'argent n'est ni bon, ni mauvais, ni destructeur ni sauveur : l'argent est tout simplement neutre. Il ne se soucie pas de ce qu'on va faire de lui, car il ne ressent rien. Ce qui est loin d'être neutre, c'est notre rapport à lui, notre fonctionnement hautement subjectif à son contact…"
Deuxième extrait David appela encore à l'aide, l'âme terrassée par l'horreur. S'il avait eu une arme sur lui, à cet instant précis, il aurait probablement abattu le chien, tellement cette situation lui était insupportable. Il se mit à pleurer sur son inutilité et la souffrance de la pauvre bête. S'il lui lâchait la tête, elle passait sous l'eau et le chien devait alors recommencer à gigoter en poussant des couinements déchirants. Le temps s'était arrêté dans la forêt de Satan.
L'eau glacée dictait à David une action immédiate, s'il ne voulait pas y passer lui-même. Il avait recommencé à appeler à l'aide de ses ultimes forces défaillantes et savait qu'il lui fallait abandonner la partie maintenant, que le chien était perdu. Il lui expliqua, lui demanda pardon, l'embrassait comme un être cher et pleurait. Il pleurait aussi fort que lorsque son père avait jeté au feu son nounours en disant : "Tu as six ans maintenant, il est tant que tu cesses ces gamineries de fillettes !" Après, il n'avait plus jamais versé une larme... Troisième extrait La fine couche de la première neige de la saison, tombée la nuitmême, se soulevait avec légèreté sous les pas de la petite équipe, tronçonneuse à la main, qui n'attendait qu'un mot du contremaître pour faire rugir leurs machines voraces. Mais le contremaître avait besoin de cette fameuse signature que Steve, les nerfs tendus à la limite du supportable, allait probablement arracher de force à son frère psychopathe.
- David, bordel ! Il fait froid ! Tu viens ici et on en termine… Ho, David!!! Steve, le visage rougi par les assauts du froid et de la colère, voyait son frère s'éloigner sur la colline, sans un mot d'explication, et il sentit la rage déborder, grignotant ses dernières miettes de patience. Ho !!!" hurla-t-il trois fois à se faire péter le larynx.
Mais rien n'y fit. David grimpait toujours, attiré, fasciné par un orme majestueux à une centaine de mètres qui lançait ses immenses branches noueuses au ciel. Arrivé à ses pieds puissamment enfoncés dans le sol, ému devant ce tronc torturé par les siècles, il enleva respectueusement ses gants, apposa sur l'écorce ses mains et son front et s'en remit à lui...
"L'année du chien" peut être commandé sur le site de l'auteur: www.reve-d-ecrivain.org |