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Jacques-Pierre Amée Imprimer Envoyer
Écrit par Webmaster   
Mardi, 27 Septembre 2011 17:41

 

Portrait

Né au Sénégal en 1953, Suisse, Canadien, Français, Jacques-Pierre Amée vit principalement en Suisse romande (VD) et au Québec.

Hébuternes, son premier ouvrage (en poésie), est publié en 1975 à Paris : une entrée qualifiée de « fracassante » par Alain Bosquet dans Le Monde, qui lui vaut un accueil critique élogieux. Puis d’autres publications, pour l’essentiel de la poésie, jalonnent ses nombreux déplacements. Dans les années 1978-1979, le besoin de « prendre ses distances » l'emporte cependant sur l'effervescence parisienne, et Jacques-Pierre Amée se retire dans les Alpes de Haute-Provence. Il y fonde les éditions du Rocher d'Ongles, puis la revue Le grand Erg (y collaborèrent aussi bien Charles Juliet, Jeanne Gatard, Françoise Ascal, Fernand Deligny, Edmond Humeau, Henri Laborit, Luigi Nono, que de parfaits inconnus). En septembre 2008 paraît aux éditions Infolio (Suisse) Le Butor étoilé, un premier roman. L'année suivante, Le Butor étoilé est annoncé parmi les onze titres en lice pour le prix littéraire Roman des Romands, Génération Nouvelle, et est dans la course pour le Prix Michel-Dentan. En 2011, les éditions Infolio publient Le ciel est plein de pierres, un deuxième roman.

Également peintre et plasticien, Jacques-Pierre Amée a présenté à ce jour une soixantaine d'expositions. Son travail figure dans diverses collections publiques ou privées en Europe et en Amérique du Nord. À la fin des années 1980, en tant que président du Conseil de la peinture du Québec, il défend, avec d'autres, un projet de loi établissant à tous égards le statut d'artiste « professionnel » (protection sociale, droits d'auteur, etc.), puis il prend part à la création du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV).

 

Un monde à part, par Anne Pitteloud

Le Courrier, samedi 27 septembre 2008 (http://www.lecourrier.ch/un_monde_a_part)

C'est une musique étonnante, entêtante, à la fois très simple et terriblement poétique, qui s'échappe du premier roman de Jacques-Pierre Amée – l'un des quatre titres publiés cet automne dans la toute nouvelle collection «Littérature» des éditions romandes Infolio. Une voix narrative très personnelle qui captive aussitôt, un univers singulier en lien avec une nature mystérieuse, presque magique, une forme à la fois construite et comme organique: «Le Butor étoilé» touche et séduit. Il faut dire que l'auteur n'est pas vraiment un nouveau venu en littérature: peintre et plasticien né à Dakar en 1953, de nationalités suisse, française et canadienne, Jacques-Pierre Amée se consacre à l'écriture depuis une trentaine d'année, principalement à la poésie – son premier recueil, Hébuternes, a paru en 1975. Il réalise des livres d'artiste avec des poètes et des créateurs oeuvrant dans divers domaines, illustre ses propres recueils, expose ses cartes postales dans des galeries...



VILLAGE EN SURSIS

Cette double activité plastique et littéraire explique peut-être la teinte originale de sa prose, traversée par un regard qui témoigne d'une attention vive et sensuelle au réel. Dans «Le Butor étoilé», une forme de douleur, de rêverie mélancolique et contemplative, s'allie à un jaillissement d'associations très libres, d'images inédites dont la fraîcheur déconcerte et réveille. Enfin, la narration suit un rythme qu'on dirait tellurique – profond, apaisé –, tandis que la structure du récit est subtile, qui tourne autour d'un centre obsédant: cette journée et cette soirée du 31 mai, il y a vingt ans, quand Zach le narrateur, son amie Mina et «la petite» se mirent en quête du butor étoilé. Autour de ce pivot, la mémoire de Zach ne cesse de faire des allers-retours, à la manière des cercles concentriques que trace l'oiseau pour se rapprocher de sa proie.

Mais reprenons. Le roman s'ouvre alors que Zach attend Mina au bord d'une route, en compagnie de «la petite» dont les questions déroutantes et l'imagination fertile trouvent en lui un interlocuteur privilégié. Les trois veulent trouver le butor étoilé: on peut, paraît-il, entendre son cri semblable à un mugissement près des endroits marécageux, avant la tombée de la nuit. Mais l'oiseau est rare, et il a sans doute déjà migré. De fait, l'expédition ratée coïncide avec la fin d'un monde. Disons simplement que c'est le lendemain de cette journée que La Za sera rayée de la carte.

La Za, c'est ce hameau où Zach a trouvé refuge alors qu'il fuyait sa vie d'avant – on ne saura pas pourquoi, tout comme on ignorera toujours son nom véritable. Mais à La Za, tout le monde a un surnom; le village est un univers marginal, fait de bric et de broc, étrange et solidaire, perché en haut d'une falaise ébranlée par les secousses de la terre et menacé de destruction par les ingénieurs de la plaine. Zach a pris possession de l'une de ces bicoques tordues, qui évoquent «une fanfare dépenaillée, de retour de fête, affalée au bord du vide – instruments, hébétude et redingotes sales pêle-mêle sur le bord du chemin, entre le chemin et le précipice, où la musique avait sauté». Il se liera à Greg, ancien photographe tourmenté, toujours amoureux d'Antoinette, la mère de la petite.

Le récit de Zach navigue entre vie à La Za, conversations avec Greg, incursions dans le passé et retours sur cette quête du butor, qui devient quête de Mina disparue et s'achève en pleine tempête nocturne. C'est vingt ans plus tard que Zach écrit son histoire pour la léguer à la jeune Noémie, tentant «de sauver quelques fragments de la Za, les faire tourner, même sans chair et sans matière, sous le ciel». A sa manière cyclique, il tisse peu à peu un dessin cohérent où s'éclairent les relations entre les protagonistes.




POÉTIQUE DE LA FRAGILITÉ

De Zach lui-même, on n'en saura pas beaucoup plus si ce n'est qu'il a avalé un papillon à sa naissance, au moment de pousser son premier cri. Cet événement fondateur lui a laissé une sorte de vacillement existentiel, qui se traduit aussi par une maladresse physique – en accord avec ce hameau branlant voué à disparaître. «Il n'y a pas grand chose, au fond, que je connaisse vraiment... Un savoir dont je puisse faire état ou parler avec n'importe qui, sans aucune hésitation, sans la moindre incertitude. Indiquer un chemin de façon précise est pour moi hors de portée, même si le chemin m'est familier.»

Sa manière d'être au monde est celle du vagabondage, de l'errance, propices au regard poétique. A travers ses yeux, montagne, village, ciel, humains et animaux émergent dans l'entier de leur mystère, comme vus pour la première fois. Ils sont reliés à une dimension plus vaste – celle de l'imaginaire, des émotions et d'un questionnement métaphysique également nourri par les questions de la petite. Sa naïveté est philosophe, et Amée excelle à recréer le rythme, l'esprit et la syntaxe des phrases enfantines. Au final, c'est toute une poétique de la fragilité qui s'esquisse dans ce «Butor étoilé».

 

Bibliographie récente

Le ciel est plein de pierres (roman), Infolio éditions (Suisse), 2011
L'ivre (poésie), photographies de Denis Matthey-Claudet, éd. de la Caille (Suisse), 2011
Aucun ciel/Printemps (poésie), estampes de Anne-Charlotte Sahli, éd. de la Caille (Suisse), 2010
Que carriole (poésie), hippolychromies et hippolyphonies du Groupe à pied, Papiers du fo (Suisse), 2009
Ah quel chemin te fête (poésie), partition pour piano de Daniel Fuchs et polygraphies du Groupe à pied, Le dans l'eau (Suisse), 2009
Le Butor étoilé (roman), Infolio éditions (Suisse), 2008
Coeur battant beaucoup trop fort (poésie), mercurochromes de Pierre-Alain Mauron et libres sons de Luc Fuchs, Papiers du fo (Suisse), 2008
Main fait nid (poésie), encres de Anne-Charlotte Sahli, éd. de la Caille (Suisse), 2007
Arbre debout, arbre coupé (poésie), estampes de Anne-Charlotte Sahli, éd. de la Caille (Suisse), 2005
L’Illinois (poésie), encres de Pierre-Alain Mauron, Papiers du fo (Suisse), 2003
La course, le saut (poésie), dessins de Gaspard Delachaux, L’Hypoténuse éditions (France), 1998
L’Intérieur des figures (poésie), dessins de Francine Simonin, Papiers du fo (Suisse), 1997
Malmener les oiseaux (poésie), encres de Francine Simonin, éd. du Rouleau Libre (France), 1996 (traduit en italien par Rachel Gasser)




Renseignements complémentaires
Site internet de l'auteur: www.freewebs.com/jpamee/
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