Les vérités qu'on aime le moins à  apprendre sont celles que l'on a le plus d'intérêt à  savoir.
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Proverbe chinois

 

Auteur-es

Jours Adverses
Julien Sansonnens, Editions Mon Village, octobre 2014

 

Sam, le héros de cette histoire a une vie des plus basiques, comme beaucoup d’entre nous, d’ailleurs. Cependant, une foule de choses peuvent arriver au cours d’une existence dite « normale ». Un événement, si petit soit-il, un épisode heureux ou malheureux, peu importe, un incident quelconque, peut pousser en avant l’être humain, le sortir de la torpeur de ce monde dans lequel il est contraint d’évoluer, dans lequel il se doit de survivre.

C’est ce que Sam tente de faire. Et il y parvient, du moins quelque temps.



Fatigué et dépité de sa vie urbaine, il décide de tout plaquer pour reprendre les rênes d’une buvette de montagne, loin des commodités citadines. Tous les personnages évoluant dans la première partie du roman disparaissent avec son ancienne vie. Marco, son pote de jeunesse avec qui il a écumé les bars, ses conquêtes féminines recrutées sur Internet, Yassine, son ancien collègue de travail, tous sont sciemment oubliés. Mais très vite, son histoire glisse à nouveau sur une monotonie lassante. Et lorsque son père meurt, il reste pantois et rempli de questionnements. Il revoit Séverine, son ex, un court instant seulement, en désespoir de cause. Il devient pathétique !

Est-ce finalement ça la vie, ou une vie ? Triste et ennuyeuse ? Sans aventure ? L’homme est-il toujours à la recherche du bonheur ? Ne le trouve-t-il donc jamais ? C’est en tout cas l’impression que donne Sam. Il court après quelque chose de mieux et il n’est jamais satisfait. Quelques petits mois de ravissement dans sa buvette, et le frêle éden s’écroule. Tout nouveau tout beau, dit l’adage. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Le jeune homme a pourtant tout pour réussir. Certainement, n’est-il pas doué pour le bonheur. Parce que le bonheur, c’est chacun à sa façon qu’il le fait ou le défait.

Le thème de ce roman, précisons-le, est l’absurde, comme il est fait mention dans le résumé. C’est donc réussi !

Qu’y a-t-il alors à retirer de ce récit ? Peut-être une certaine réflexion sur le contentement, à savoir, apprendre à se satisfaire de ce que nous avons, de ce que nous pouvons avoir, de ce que la vie veut bien nous donner. Sinon, à quoi bon ?

Sam a tout perdu. Ou plutôt, il n’a rien su garder. Ni son père qu’il avait retrouvé, ni Maurice, son nouvel ami, ni non plus Carole, son amoureuse aimante, ni même il me semble, Clément, son chien, qu’il irait certainement ramener au refuge.

Sa vie d’hier, il ne la voulait plus, celle d’aujourd’hui, il n’en est pas comblé. Sam n’a qu’une petite trentaine d’années, ou à peine plus. Doit-il encore grandir et murir pour trouver enfin ce qu’il cherche, la paix dans la satisfaction d’une vie simple ? Et nous, où en sommes-nous ? - Chroniqueuse: Marylène Rittiner



Extrait P. 97-98

- Sam? Tu es encore parmi nous?
Marco agitait sa main devant mon visage.
- Marco demande comment ça va au job, a dit Naïla, à qui personne n'avait rien demandé. A ma grande surprise, elle était habillée, moi qui gardais encore en tête le corps nu et cuivré que j'avais imaginé.
- Oh, pardon, j'étais ailleurs. Le boulot? Oui ça va. Ça va même très bien: j'ai démissionné.
- Tu as... démissionné? a répété Marco, qui avait posé sa fourchette contre son assiette.
- Oui. Je finis le 13 avril.

Marco et Naïla se sont regardés, comme pour se confirmer qu'ils avaient bien entendu la même chose. Naïla souriait un peu, du coin de la bouche.
- Et... pourquoi ça? a-t-il demandé.
- Tu le sais bien, pourquoi. On en a parlé plusieurs fois. Parce que si je ne reprends pas ma vie en main, je finirai mal. L'équilibre, ça tient à peu de chose. Il faut faire attention.

J'ai bu une grosse gorgée de Bordeaux. Je voyais Marco qui ruminait, mâchait nerveusement, semblait préparer et résumer ses arguments. Après quelques secondes, il m'a dit que c'était ma vie, bien sûr, que j'en faisais ce que je voulais mais que selon lui, j'étais irresponsable.
- Je trouve que, quoi qu'il arrive, on ne doit jamais démissionner sans avoir assuré ses arrières. Le travail, c'est quand même le plus important. Enfin à part la santé, bien sûr, a-t-il renchéri.
- Eh bien moi je pense que Sam a raison. S'il estime que c'est ce qu'il doit faire, alors il a bien fait. On n'a pas à juger, même si on aurait agi autrement. Et tu as déjà une idée de ce que tu vas faire ensuite, si ce n'est pas indiscret? s'est enquis Naïla.
- C'est assez indiscret, oui. J'en sais rien. Je verrai. Je vais retourner à mes premières amours, la photo peut-être. J'ai eu quelques propositions pour des petits mandats. On m'a proposé de photographier les fêtards lors de soirées, dans les discothèques quoi. Enfin ce serait temporaire, bien sûr.

Je cherchais à paraître le plus détaché possible, à ne pas montrer d'énervement malgré l'interrogatoire en règle que je subissais. Je surjouais la mollesse et l'indécision. Un des chiens, dressé sur ses pattes postérieures, me grattait le genou pour que je lui donne un morceau: je l'ai repoussé sans délicatesse.
- Tu abandonnes un travail dans une grande entreprise internationale pour devenir photographe de soirées? a poursuivi Marco. C'est original.


Le sang me montait doucement à la tête. J'en avais déjà assez. Assez qu'on vienne faire mon bonheur à ma place. Assez qu'on prétende m'imposer un modèle de vie, quel qu'il soit; alors je suis allé au combat. Il fallait crever l'abscès. J'ai dit à Marco qu'à choisir, et puisqu'il voulait vraiment le savoir, je préférais encore être photographe de soirée que d'avoir une table de ping-pong et deux chiens. Que je préférais vivre dans la dèche et bouffer des pâtes pour le reste de mes jours - les mêmes que ce soir, tiens - que de vivoter étouffé dans le conformisme beauf.



L'auteur: Julien Sansonnens est né le 30 novembre 1979 à Neuchâtel. Après l’obtention d’une maturité littéraire, il se forme dans l’informatique et travaille deux ans dans ce domaine. A vingt-cinq ans, il reprend des études à l’Université de Lausanne et obtient un Master en sciences sociales. Après avoir vécu longtemps à Lausanne, il emménage en 2014 dans le canton du Valais. Amoureux des paysages et des gens de ce coin Vieux-Pays, il aime parcourir ses routes au guidon de sa moto.





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